Le maniement du Boken en Aïkido

Publié le 21 Novembre 2013

Le maniement du Boken en Aïkido

Nous sommes de nombreux Aïkidoka à être très attachés au travail du Ken. A travers lui, nous remontons à la source de notre art martial favori. C’est traditionnel, c’est formateur et en plus, c’est fun ! Le Ken est l’Arme du Samouraï ! Pour autant, le Boken nous permet-il de mieux comprendre le message d’O Senseï ? Il nous permet de matérialiser une coupe, c’est-à-dire une séparation, une dissociation ! Tout le contraire d’une union ! De plus, l’issue est alors irréversible, définitive ! Où sont donc l’harmonie, la compassion et la bienveillance ? Tout cela semble, a priori, bien loin de la philosophie de l’Aïkido…

Certes, le Boken peut être vu comme un outil pédagogique. Le travail du sabre est en effet intéressant pour mieux comprendre les déplacements, les directions dans lesquelles l’intention doit être portée. Il permet aussi d’introduire de la « martialité », de créer une situation plus dangereuse qu’à l’accoutumée. Toutefois, il ne s’agit que de la partie immergée de l’iceberg ! L’Aïkido n’est pas seulement un catalogue de techniques, de poses, de gestes et de chorégraphies complexes à maîtriser, c’est aussi et avant tout un outil nous permettant de devenir meilleurs. En quoi apprendre à trancher quelqu’un en deux nous rend-il meilleurs ?!

Le maniement du Boken en Aïkido

L'entraînement au maniement du Ken nous oblige donc à nous demander ce qui fait de nous des Aïkidoka car celui-ci nous pousse mentalement à l'une des frontières de notre discipline : donner la mort ! O'Sensei a pourtant inclus cette pratique dans son art. En chercher les raisons peut nous permettre de mieux comprendre le message qu'il a souhaité nous transmettre.

Le simple fait d'exécuter des techniques d'Aïkido nous définirait plus comme Aïkijutsuka. Et encore, ces techniques sont transmises dans bien d'autres arts martiaux. Plus généralement, à partir de quel moment peut-on dire que nous sommes Aïkidoka quand nous pratiquons ?

Selon plusieurs documents, notamment l'interview de Me André Noquet ci-dessous, O'Sensei semblait persuadé que la pratique, l'exécution et la répétition des techniques d'Aïkido influencent notre esprit, notre manière d'être. L'entraînement physique a donc pour objectif de guider l'Esprit. Par conséquent, il faut être particulièrement attentif à l'état d'esprit dans lequel nous exécutons et enseignons les techniques une fois la gestuelle maîtrisée ou partiellement acquise.

Voici donc les pistes que j’explore actuellement :

  • mesurer l’importance et la gravité des gestes (coupes, piques, ...) simulés,
  • signifier le plus clairement possible à Uke qu’il est en position de faiblesse par le biais de son attitude,
  • ne recourir à une coupe définitive qu’en cas d’absolue nécessité, par exemple, si Uke reste belliqueux alors que vaincu,
  • chercher avant tout à mâter l’agressivité de Uke et non Uke lui-même et pour finir
  • se servir du Boken pour tenir Uke en respect.

Si maîtriser la chorégraphie des techniques et la manière de les rendre efficaces est incontournable, cela ne suffit pas à être Aïkidoka. Ce dernier a un état d'esprit bien particulier. L'observation scrupuleuse de ces points permet, me semble-t-il, de rester fidèle à la philosophie de l'Aïkido tout en s’entraînant minutieusement au maniement du Ken. Les coupes sont bien présentes, en apparence les gestes et les déplacements sont les mêmes que ceux enseignés dans d'autres arts martiaux, mais ils sont effectués dans un esprit conforme et propre à la philosophie si particulière de l'Aïkido. Les principes proposés par notre art pour construire et conduire les techniques sont alors eux-aussi respectés et travaillés : la synchronisation avec Uke et la rupture de son équilibre, le contrôle bienveillant de la situation, la construction de mouvements en spirale autour d'axes, la maîtrise et la circulation de l'énergie et l'attitude martiale.

Torii de Miyajima photographié par Cécilia Cayla.

Torii de Miyajima photographié par Cécilia Cayla.

Durant l'entraînement au maniement du Ken, nous sommes donc confrontés au paradoxe de notre art : l'Aïkido est un art martial de paix !

Un axe de réflexion m'a été proposé récemment par un Aïkidoka très expérimenté : « Le loup peut choisir la clémence, l’agneau n’a pas d’autre choix que d’être clément. ». Cela signifierait qu'il faut aller aux limites, s'y confronter, peut-être même maîtriser des outils situés au-delà de ces limites avant de pouvoir un jour les transcender et choisir de ne pas les utiliser ou de les utiliser d'une autre manière. La boucle serait alors bouclée : la pratique forge le mental, une fois la maîtrise acquise c'est le mental qui forge l'outil...Tout un programme, toute une Voie...

Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #budo, #aikido, #education, #art

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