Aïkido et martialité 1/2

Publié le 20 Mai 2013

Partie 1. Qu'entend-on par "martialité" ?

Aïkido et martialité 1/2

La martialité anime de nombreux débats au sein de la communauté des pratiquants d’arts martiaux. Loin de vouloir trancher, je vous propose mon approche personnelle de la martialité, telle qu’elle me semble être présentée par les différents techniciens que j’ai pu rencontrer.

Le dictionnaire Larousse donne la définition suivante de la martialité : « Se dit d'une attitude résolue, décidée, qui cherche à en imposer ». Ainsi, la martialité a pour but de s’imposer à l’autre, par la force si nécessaire. Il faut donc contraindre l’adversaire, l’obliger à se déplacer, à se soumettre à sa volonté. Pour autant, plusieurs experts de différents arts martiaux s’accordent à dire que la martialité n’est pas la violence, mais le contrôle de cette violence.

Aïkido et martialité 1/2

A mes débuts, la martialité était synonyme de violence. De violence, elle est passée progressivement à une contrainte imposée à un partenaire, obligé de faire ce que je souhaite, parce qu’il a mal. Un peu plus tard, je me suis rendu compte que l’on peut aussi inciter un déplacement (un pivot ou une chute par exemple) par la menace.

Il existe deux manières de contraindre le partenaire à se déplacer. La première consiste à agir mécaniquement, c’est-à-dire en tordant une articulation, en provoquant une douleur, en poussant, en utilisant sa propre force ou son propre poids. Si la force appliquée à ce point est plus intense que celle donnée en résistance, le partenaire devra se déplacer. C’est notamment le cas si l’on s’arrange pour peser de tout son poids sur une seule articulation, si l’on travaille sur un point de déséquilibre ou si l’on est plus fort que le partenaire. Dans le cas contraire, le partenaire ne bougera pas forcément.

Aïkido et martialité 1/2

La seconde manière consiste à inciter le partenaire à bouger par son propre placement. Uke se déplace parce qu’il se sent menacé. Rien ne l’y oblige mécaniquement, juste l’envie de ne pas se mettre en danger, en ne tournant pas le dos, en voulant maintenir un contact, une saisie ou plus simplement en ne perdant pas l’autre du regard. Ces solutions fonctionnent sur des partenaires « avertis », c’est-a-dire des personnes qui se doutent de tout le mal qui va leur arriver si elles ne bougent pas. Ce sont des partenaires vigilants, apportant « un sens martial » à leur pratique. Sur la vidéo suivante, le chroniqueur sur lequel Me Shioda Gozo démontre l'efficacité de l'Aïkido n'est manifestement pas suffisamment expert pour réagir à temps. Une grande partie de l'enseignement des professeurs d'Aïkido consiste donc aussi à éduquer Uke, à lui apprendre à détecter et réagir face à une situation menaçante. Dans un soucis d'éducation et de préservation de l'intégrité de son partenaire, un Aïkidoka aura parfois tendance à retenir son coup de manière à laisser le temps à Uke de se mettre à l'abri. Ce comportement contribue quelques fois à faire penser au spectateur que l'Aïkido n'est pas efficace car trop chorégraphié.

A ce titre, il me semble que la vigilance, la connaissance et la clairvoyance traduisent un comportement martial dans la mesure où leur inexistence engendre un comportement non martial. Le mouvement, la réactivité, la maîtrise de son propre corps, de ses émotions sont d’autres composantes incontournables de la martialité. Elles sont toutes mises au service d’un but : imposer sa volonté à l’autre.

Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #art, #education, #budo

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