Publié le 25 Mars 2013

L'Aïkido : un art pour apprendre à se synchroniser

Cet article fait suite à celui portant sur le travail intérieur vers lequel je m'oriente. Je vous propose un approfondissement de trois des points que l'enseignement de Gilbert Maillot m'a permis d'identifier. Ces points ont tous en commun la synchronisation : entre Tori et Uke, entre la respiration et le geste, et entre l'intention et les gestes.

Le premier point est la synchronisation des gestes de Tori avec ceux de Uke. Celle-ci est fondamentale dans bien d'autres disciplines que l'Aïkido : les techniques de communication y font référence. Les personnes adoptant les mêmes postures et ayant une gestuelle similaire attisent « naturellement », voire inconsciemment, notre sympathie ! Quelle arme redoutable pour un Aïkidoka que de pouvoir attirer la sympathie d’une personne agressive rien qu’en synchronisant ses mouvements aux siens !... Mais n’est-ce pas le principe d’Irimi ? Uke bouge, Tori bouge. Uke fait un pas en avant, Tori propose sa main. Et c’est valable aussi en cours de mouvement. Par exemple, sur Irimi Nage, Tori attendra que Uke se relève pour déclencher l’action finale. Cette synchronisation existe aussi après la "conclusion de la technique" : Tori, par son regard, sa posture et son attitude, met en pression Uke tant que son partenaire manifeste de l'agressivité.

Une synchronisation avec Uke n’est pas suffisante, il est aussi important pour que les mouvements soient efficaces, de synchroniser sa propre respiration à ses propres gestes. Dans toute activité physique, l’expiration et l’inspiration doivent avoir lieu à des moments bien précis. C’est particulièrement vrai dans les sports de lancer, mais aussi en tir à l’arc, en natation, en musculation, etc. Le principe est d’inspirer durant les contractions des muscles du dos, de l’arrière des bras et des jambes, et d’expirer durant la contraction des muscles situés à l’avant du corps. Ce principe universel est valable aussi en Aïkido.

L'Aïkido : un art pour apprendre à se synchroniser

Toujours dans une recherche de rendement, d’efficacité et de puissance maximum, une synchronisation des directions d’action est importante : direction du regard, des hanches, des pieds et des mains. Il est vrai néanmoins que le regard guide l’ensemble du corps car l’œil est le premier élément du corps à se diriger dans la direction dans laquelle nous avons l’intention de nous rendre. C’est encore un principe appliqué dans toutes les activités physiques, même en conduite automobile : pour éviter un obstacle sur la route il faut regarder le chemin permettant de le contourner. Néanmoins, il convient de ne pas travailler sur ce « regard guidant » trop tôt, car il risquerait de déstructurer le corps, en précédant de manière trop marquée le pivot des hanches. Naname Irimi Nage est une technique intéressante pour aider à synchroniser les directions de ces quatre parties du corps. En effet, pousser vers l’avant en regardant derrière soi est bien moins efficace que de placer le regard dans la direction de la coupe finale. Il faudra veiller aussi à appliquer cette synchronisation durant tous les pivots (henka ou tenkan).

Ces synchronisations permettent de décupler la puissance de Tori presque de manière invisible, voire magique, sans que Uke n’en comprenne complètement les raisons. Maîtriser ces paramètres permet assurément de faire un pas vers une meilleure maîtrise du « Ki », pouvant être traduit par « énergie vitale », mais aussi par « souffle vital » ou encore « intention ». Plusieurs Maîtres d’Arts Martiaux semblent même agir sur leurs partenaires « sans contact »... Auraient-ils atteint un tel niveau de maîtrise de ces synchronisations ? Voici une vidéo surprenante de Maître Watanabe filmé à l'Aïkikaï, présentant un travail sujet à controverses qui m’interpelle tellement les synchronisations y sont évidentes...

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #education, #besancon, #art

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Publié le 18 Mars 2013

Maître Noro Masamishi nous a quittés

Maître Noro était arrivé en France en 1961 pour y développer l'Aïkido.

Il avait progressivement adouci sa pratique. Le changement majeur étant survenu suite à un grave accident de voiture.

En 1979, il a créé le Kinomichi, qui reprend exactement les idéogrammes de l'Aïkido.

Toujours souriant, toujours habillé de blanc sur les Tatami, Maître Noro portait une ceinture blanche... Cela signifiait-il qu'il avait complètement exploré et intégré la philosophie et les techniques de l'Aïkido ?

Il restera de toute évidence un exemple à suivre pour de nombreux pratiquants de Kinomichi et d'Aïkido !

Démonstration de Jo de Maître Noro faite à la fin des années 70.

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido

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Publié le 4 Mars 2013

Minimiser ses déplacements tout en gardant un maximum d’efficacité contribue indéniablement à se protéger car l’exécution des mouvements gagne en rapidité. Certains Maîtres ne semblent même pas bouger ! Ces vidéos de Maître Shioda et Ikeda sont édifiantes ! Comment font-ils ?

En abordant la technique d’Aïkido comme un support éducatif, et non plus comme une finalité martiale, un exercice consiste à considérer une technique et à l’exécuter de manière ample et lente, tout en l’analysant ainsi : énumérer mentalement les étapes, ressentir les instants auxquels Uke est déséquilibré, observer de quelle manière Tori est placé(e) par rapport à Uke au moment de son déséquilibre, observer les directions, les angles, les positions de mains par rapport à l’axe du corps et celui de Uke, la manière dont le poids du corps est réparti à ces instants-clés de la technique. Ces observations en tête, la deuxième partie de l'exercice consiste à trouver le moyen d'obtenir le même résultat (c’est-à-dire les mêmes positions, directions et placements de mains par rapport à Uke) tout en restant sur place.

Sept comportements observables m'apparaissent de première importance à ce jour :

  1. La synchronisation gestuelle avec Uke (Uke bouge, Tori bouge),

  2. Le relâchement des bras et un renforcement de l'assise, de l'ancrage dans le sol,

  3. Le centrage des mains sur l’axe nez-nombril,

  4. La transformation des déplacements des pieds en rotations des hanches autour de l’axe du corps,

  5. La posture maintenant le bassin en rétroversion,

  6. L'utilisation pleine et entière de la bascule du buste dans l’axe nez-nombril,

  7. La synchronisation de la respiration au geste.

Vers un travail intérieur

En plus de diminuer les déplacements de Tori, la mise en pratique de ces comportements observables permet de gagner en densité aussi bien dans le rôle de Tori que dans celui de Uke. Il peut être difficile au début de les mettre en pratique sur une technique "complète", aussi peut-on les appliquer dans un premier temps à nos déplacements. Transformer un déplacement Irimi-Tenkan en Irimi-Henka lorsque Uke saisit Katate Dori me paraît aussi être un excellent exercice. Uke doit être pris dans une spirale autour de Tori et non plus Tori dans une spirale autour de l'axe matérialisé par la saisie. Au fur et à mesure que ces comportements sont maîtrisés, l'inutilité de "pousser" ou "tirer" avec les bras devient évidente et est remplacée par une action forte des hanches dont les bras deviennent le prolongement.

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #art, #education

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