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Publié le 25 Janvier 2015

C'est la hantise de tous les professeurs d'Aïkido : l'échec de son élève à un examen de grade Dan ! Comment le gérer ? Comment recevoir les remarques du jury ? Comment relancer son élève après cette contre-performance ?

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

La préparation d'un candidat à un examen doit à mon avis, envisager aussi l'éventualité d'un échec. Il est bien évident qu'il ne faut pas insister, mais il est important d'aider son élève à se projeter en cas d'échec bien avant l'examen : que se passera-t-il si le jury refuse de donner le grade ? Rien du tout ! Cela voudra juste dire que ce jour-là, à ce moment-là, cette prestation-là n'aura pas été jugée du niveau requis par ce jury-là ! Rien de plus ! Il faudra alors travailler pour améliorer les points trop faibles. Il peut aussi être intéressant de sensibiliser le (la) candidat(e) sur le fait que la décision de refus pourra être injuste, même si les injustices sont rares. Cet entretien préalable relativisant l'importance de ce rendez-vous peut être un point de départ pour mettre en confiance l'élève, le (la) responsabiliser et l'impliquer encore plus dans sa préparation : à ton avis, de quoi as-tu besoin ? Quels sont les points sur lesquels tu ressens le besoin d'être guidé(e) ? Envisage ce moment comme l'un des seuls durant lesquels tu exprimeras toute la richesse de ton Aïkido. Toi et moi, nous allons tout mettre en œuvre pour que tu obtiennes le grade...

Lors de l'examen, il peut être intéressant de rappeler que c'est un moment durant lequel nous sommes jugés sur les principes et non la forme ! Le (la) candidat(e) s'y exprime, y restitue ce qu'il (elle) a compris et intégré. Chacun(e) a sa méthode pour gérer le stress, mais il faut en tout état de cause relativiser l'importance de ce rendez-vous et se donner à 100% !

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

Les résultats tombent ensuite. En cas de réussite, rien à gérer, juste l'approvisionnement en boissons pétillantes et en spécialités régionales. En cas de refus, comment réagir ? En dédramatisant, en analysant les raisons de cet échec. Intellectualiser les causes permet d'en relativiser l'importance ! C'est en tout cas à ce moment-là que l'élève a le plus besoin de son professeur, à mon avis, ne serait-ce que pour entendre qu'il (elle) ne l'a pas déçu(e). La colère et le déni sont les deux réactions immédiates de beaucoup de candidats, mais il faut se forcer à aller au-delà et les transformer en ressources, inviter l'élève à recevoir les remarques sous un angle constructif et les voir comme autant de pistes de progression. Il y a peut-être eu une injustice, certes, mais ce qui est fait est fait, on ne peut qu'accepter pour pouvoir aller de l'avant. Le temps devient alors un précieux allié permettant à l'élève de prendre du recul sur sa prestation, sur l'importance de ce grade à ses yeux, digérer les retours de l'examen, se remotiver et reprendre confiance.

Quoiqu'il en soit, cette expérience est une ressource dont il faut se servir ! Lorsque l'élève se sentira prêt(e), il sera intéressant d'identifier les apprentissages à acquérir, les points à améliorer, peut-être même proposer une préparation spécifique et différente. Mais cette phase d'interrogation ne doit surtout pas s'éterniser car elle risque d'immiscer le doute. Une fois les causes identifiées, il est donc important de concentrer ses efforts le plus rapidement possible sur les nouveaux objectifs et de mettre l'accent sur les capacités à intégrer. Le (la) professeur(e) ne peut pas décider du moment auquel il faut relancer la machine, il (elle) ne peut que tendre des perches de temps à autres et se tenir prêt(e) à le faire quand l'élève se sentira prêt(e).

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

Pour un(e) professeur(e), présenter un(e) élève à un examen Dan est psychologiquement plus éprouvant que de s'y présenter soi-même car il (elle) n'est qu'un spectateur(trice) impuissant(e). Pourtant, il (elle) se sent jugé(e) au travers de la prestation de son élève. Placer sur ses propres épaules toute la réussite de son élève mène inévitablement à un état de stress avancé. A mon sens, il n'est possible que de guider l'élève vers les ressources nécessaires en lui proposant une préparation adaptée à ses besoins et lui donner confiance tout en lui disant avec le plus d'honnêteté possible quel est son niveau.

Par ailleurs, il est bon de rappeler que les juges ont un rôle prépondérant dans cette gestion de l'échec ! Ils découvrent bien souvent les Aïkidoka le jour de l'examen et ne connaissent rien de leur préparation ni de leurs forces et faiblesses mentales. Leur expérience, leur notoriété et leur grade donnent un énorme poids à leurs remarques. De plus, ce sont leurs retours qui serviront de base à la prochaine préparation. De fait, ils deviennent des partenaires de la progression des Aïkidoka qu'ils auront jugés. Ils sont donc invités à la plus grande modération dans leurs retours, à dédramatiser en ne remettant pas en cause les années de pratique, en expliquant précisément et sans animosité les raisons de leur jugement. Dans une telle situation, dire simplement que la prestation du jour n'était pas suffisante pour obtenir le grade en argumentant objectivement me paraît amplement suffisant.

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

A mon sens, les examens ne sont que des outils aidant notre propre développement personnel, nous aidant à augmenter notre capital confiance, à nous sentir reconnus, à nous réaliser, à jalonner notre progression et à nous remettre en question. Un(e) Aïkidoka ne doit donc, à mon avis, s'y présenter que pour lui(elle)-même s'il (si elle) en éprouve le besoin, et non pour une hypothétique reconnaissance ou un quelconque devoir envers son professeur, son club ou sa fédération.

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #education, #federation, #sport

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Publié le 23 Novembre 2014

Un stage avec deux participants est une formation réussie !

Le nombre de participants à un stage est souvent l'un des indicateurs utilisés pour en aprécier la réussite. Il a l'avantage d'être objectif et facilement quantifiable. Mais je milite depuis plusieurs années pour faire passer l'idée qu'il ne doit pas être le seul, et qu'en tout état de cause, il ne doit pas être le plus important dès lors que l'équilibre financier est atteint ! Souvenons-nous que le nombre de stagiaires est même parfois limité à 12 personnes dans certaines formations professionnelles et dans le sport de haut niveau. Pour ma part, je considère que les principaux critères sont la progression et la satisfaction des stagiaires, l'implication des intervenants dans la progression des licenciés présents et leurs compétences pédagogiques et techniques.

A ce titre, il serait à mon avis souhaitable que le renouvellement de certaines formations fédérales ne soient plus assujetties à un quota minimum de participants. Actuellement, il faut au moins 15 candidats pour qu'une ligue puisse accueillir une formation au Brevet Fédéral, diplôme permettant d'enseigner bénévolement. Il en résulte que les ligues ne pouvant réunir ces 15 candidats éprouvent des difficultés à renouveler localement leurs viviers de professeurs de clubs. En effet, suivre une formation à plus de 300 km de chez soi, sacrifier plusieurs weekends en famille, tout ça pour obtenir un diplôme autorisant à être bénévole a de quoi démotiver bon nombre de nos élèves ! Certaines de nos ligues perdent donc chaque saison quelques ressources, certes, mais ô combien précieuses car locales et bénévoles. Elles deviennent de plus en plus petites, inéluctablement. Nous observons en effet dans ces ligues une nette diminution de la participation à la vie fédérale et une stagnation voire une diminution du nombre de clubs, ceux-ci parvenant tout juste à remplacer les enseignants se retirant des Tatami.

Un stage avec deux participants est une formation réussie !

Il en est de même pour la formation des juges fédéraux aux grades Dan qui n'est pas non plus proposée dans toutes les ligues pour les mêmes raisons, me semble-t-il. Or, ce manque de proximité ajoute des contraintes chronophages aux professeurs déjà bien pris par leurs activités au sein de leurs clubs. Ils finissent donc par ne plus être en phase avec les critères attendus et augmentent ainsi le risque d'échec de leurs élèves aux examens. Ces clubs se referment progressivement sur eux-mêmes. Les causes d'échecs n'étant pas comprises, le fossé se creuse entre ce qui est attendu et ce qui est acquis et ils périclitent plus ou moins rapidement.

J'en suis donc convaincu : le nombre de participants à une école des cadres, une formation au Brevet Fédéral ou une formation à l'évaluation des grades Dan et même aux stages fédéraux est un critère que nos ligues et nos fédérations ne devraient plus prendre en compte en priorité pour décider de leur renouvellement. Ces formations sont en effet indispensables pour assurer la progression de l'Aïkido dans toutes nos régions.

Un stage avec deux participants est une formation réussie !

Faisant écho à ce constat, des solutions fleurissent et se développent. La plus importante étant à mes yeux la création de nos Collèges Techiques Régionaux (CTR). De jeunes enseignants, pour la plupart bénévoles, s'y investissent et ne demandent qu'à être guidés par les enseignants plus gradés et expérimentés. Certains CTR proposent des livrets techniques, des mises en situation d'examen et même des ateliers pédagogiques et techniques. Ces techniciens régionaux apportent une nouvelle énergie, un coup de jeune aux (dis)cours et acceptent avec plaisir d'animer des formations même pour une petite dizaine d'Aïkidoka. Par leur enthousiasme et la proximité que ces CTR établissent avec les stagiaires, ils feront petit-à-petit grossir les rangs des Aïkidoka passionnés !

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #federation, #education, #stage, #sport, #jeunes

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Publié le 29 Juillet 2014

Gilles Promsy est un Aïkidoka au parcours exceptionnel ! Après une grave opération du coeur, les médecins lui déconseillent de continuer le sport. Pourtant Gilles décide de reprendre l'Aïkido et passe avec succès l'examen du 1er Dan en juin dernier !

Gilles Promsy, un Aïkidoka hors norme ! Interview

Julien Henriet – Bonjour, Gilles. Peux-tu nous expliquer ton parcours hors norme, stp ?

Gilles Promsy - j’ai 57 ans. J’étais un grand sportif de course à pied, je pratique le Yoga depuis 10 ans et l’Aïkido depuis 54 ans.

Il y a 2 ans, suite à un contrôle médical, mon cardiologue a découvert une insuffisance mitrale très importante (70% de fuite liée à un souffle au cœur). Il fallait opérer rapidement parce que le cœur compensait et se déformait peu à peu.

Cela a été un choc, complètement inattendu. Car je n’avais aucun symptôme apparent, de par mon passé de sportif mon cœur compensait. L’opération a eu lieu en septembre 2012 à l’hôpital Georges Pompidou à Paris.

L’opération a consisté à placer 2 "cordages basaux" et à les suturer sur l’anneau mitral. Une sternotomie (ouverture verticale du sternum) a été effectuée. Le cœur a été arrêté 2 heures. J’ai été relié à une machine qui a suppléé la fonction cœur-poumon. L’opération a duré 10 heures au total.

Aujourd’hui, je retrouve petit-à-petit une bonne forme, et je continue à améliorer ma capacité respiratoire qui avait été partiellement atteinte suite à l’ouverture et l’écartement du sternum.

J’ai dû arrêter la course à pied et ne pense pas pouvoir reprendre cette activité. J’ai continué le Yoga et repris l’Aïkido 5 mois après l’opération.

JH – Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de passer ce Dan malgré l’avis médical ?

GP - L’Aïkido m'a paru l'activité la plus appropriée pour retrouver la forme, et pour reprendre confiance en moi.

Et, pour moi, reprendre simplement l’Aïkido n’était pas suffisant, j’avais envie, besoin, d’aller plus loin et de passer le Shodan.

Je suis donc passé outre la "réserve médicale", qui ne concernait pas le cœur proprement dit mais les suites post-opératoires (cicatrisation, consolidation, respiration). J’étais surtout à l’écoute de mon corps, tout en restant prudent.

Aujourd'hui je vis cela comme une expérience gratifiante, au cours de laquelle mon esprit et mon corps sont en harmonie.

JH - Est-ce un défi que tu t’es lancé ?

GP - Ce n’est pas vraiment un défi. Comme je l’ai dit, j’avais simplement besoin de me prouver que j’étais capable de retrouver des sensations physiques et mentales éprouvées auparavant.

En préparant et en réussissant le Shodan, je me suis rendu compte que j’en étais capable.

JH - Avec le recul, comment qualifierais-tu cette décision ? Courageuse, téméraire, risquée, nécessaire ?

GP - La décision que j’ai prise est venue naturellement, spontanément.

J’aime ce proverbe oriental : Tomber sept fois et se relever huit tel est le chemin…

JH – Comment t’es-tu entraîné ? Quelles ont été les phases de cette préparation ?

GP - Après mon opération du coeur, j'ai repris l'Aïkido de manière progressive, puis de manière plus intensive. En complément des cours de mon club (l'Association Nîmoise Kenbukaï), j'ai participé à de nombreux stages le week-end et j'ai bénéficié de cours auprès de clubs de Garons et de Marguerittes dont les professeurs gardois sont André Bono, Serge Grissi et Jacques Bouvier.

La pratique du Yoga m'a également aidé dans ma préparation en Aïkido.

L’Aïkido et le Yoga ont des origines communes. A mon sens, la complémentarité entre la pratique du Yoga et l’Aïkido est presque parfaite. Dans les deux disciplines les exercices développent des capacités similaires (concentration, précision, conscience du corps et respiration) et interagissent pour donner plus d’efficacité. Une sorte de coup double !

Puis le geste simple, sans cesse répété, transforme la personne qui le fait, ce qui importe est le geste juste, le geste pur.

JH - As-tu été suivi spécifiquement par ton médecin ? Faisais-tu des bilans réguliers avec lui avant de passer chaque étape ?

GP - Oui, j'ai été suivi régulièrement, notamment la 1ère année après l'opération.

Je pense que ma "guérison" est due principalement à ma reprise en douceur mais déterminée d'une activité sportive, de mon hygiène de vie, d'une alimentation saine et du recours à des médecines complémentaires …

JH - Quels ont été les conseils qui t’ont le plus marqués/motivés

GP - J'ai reçu peu de conseils, des encouragements sans aucun doute. Je me suis fié à moi-même.

Ce que je peux dire c'est que 6 mois après l’opération, l’Aïkido était devenu indispensable. La progression était difficile, avec parfois des moments de doute et de souffrance. Mais j’arrivais à accepter ce qui est difficile à accepter. C’est étonnant, après chaque moment difficile je me sentais un peu plus fort mentalement.

JH - Merci beaucoup de nous avoir fait part de ton expérience, Gilles ! Félicitations pour l'obtention du Shodan ! A bientôt sur les Tatami !

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #interview, #budo, #education, #art, #sport

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Publié le 4 Juin 2014

Formons ensemble une nouvelle génération d'Aïkidoka !

Après avoir augmenté de manière très significative dans les années 80-90, le nombre de pratiquants d’Aïkido diminue chaque année. Les Aïkidokas vieillissent et le niveau global augmente. Force est de constater qu’il y a de moins en moins de pratiquants. De plus, les nouveaux diplômes d’Etat obligatoires pour pouvoir enseigner contre rémunération (DEJEPS et DESJEPS) ont remplacé les anciens (BEES1 et 2) et nécessitent un investissement incroyablement plus important ! Seul le CQP (Certificat de Qualification Professionnel) peut être obtenu sans nécessairement quitter son emploi et permet d’enseigner contre rémunération. Il nécessite néanmoins d’être « encadré » par un tuteur ayant le DEJEPS. Sachant que 95% des professeurs de club sont bénévoles et qu’il est très difficile de dégager un salaire pour ne vivre que de l’enseignement de l’Aïkido, ces changements constituent un nouveau frein au développement de l’Aïkido en France. Plus fondamentalement, l’Aïkido peut-il conserver son statut de discipline pratiquée en France dans un état d’esprit Japonais ? Peut-on concilier les deux approches ? L’évolution de l’Aïkido doit-elle passer par une augmentation du nombre de pratiquants ?

Après tout, le nombre de pratiquants doit-il nécessairement augmenter ? Rester sur une pratique confidentielle qui ne s’adresse qu’à des passionnés comporte de nombreux avantages en termes de qualité de pratique et de suivi des élèves. Plusieurs professeurs ont fait ce choix et acceptent d’avoir moins d’une dizaine d’élèves à leurs cours. L’Aïkido « authentique » y est préservé. Ce choix privilégie donc la qualité à la quantité, mais dès qu’il s’agit de participer activement à la vie fédérale, les difficultés surviennent. L’organisation de stages et la saturation du calendrier apportent de nouvelles pressions comme trouver un lieu permettant une pratique confortable et garantir une participation minimale. Pour le Dojo, les Judokas sont presque systématiquement prioritaires et les participants aux stages seront majoritairement les adhérents du club organisateur. Une solution consisterait à prendre modèle sur des disciplines comme le Yoga ou le Taï Chi Chuan et augmenter les tarifs de manière significative mais qui pourrait se permettre de pratiquer ? De jeunes adultes passionnés d’arts martiaux ? Pas sûr. S’orienter vers ces choix privilégiant la qualité à la quantité implique donc d’accepter de perdre des pratiquants, de les voir vieillir, d’être bien installé dans un Dojo et de s’impliquer de manière mesurée dans la vie fédérale.

Formons ensemble une nouvelle génération d'Aïkidoka !

Pour augmenter le nombre de pratiquants, il faut des enseignants diplômés, compétents, impliqués dans la progression de leurs élèves et continuant à se former, un lieu de pratique agréable et confortable, une véritable stratégie de communication et des tarifs dans la moyenne de ceux pratiqués. Les seules ressources d’un club sont insuffisantes pour tout assumer. Les aides de l’Etat et des collectivités territoriales sont nécessaires, ne serait-ce que pour la mise à disposition d’un Dojo. Or, les moyens financiers et matériels sont accordés en priorité aux pratiques artistique avec spectacle, sportive et/ou éducative.

L’Aïkido, en tant qu’art martial, peut être considéré comme une pratique artistique et pourrait prendre exemple sur la danse. Mais, les organismes publics attendent d’une discipline artistique des représentations (ou des expositions), la constitution d’un public en somme. Cette orientation impliquerait, à mon avis, une intensification des démonstrations d’Aïkido. C’est l’un des modes sur lequel ont beaucoup joué nos techniciens pour intéresser un large public. Le risque serait de tomber dans des formes trop démonstratives, mais beaucoup savent gérer cet équilibre entre démonstration et travail plus interne et personnel.

Formons ensemble une nouvelle génération d'Aïkidoka !

Faire évoluer l’Aïkido vers le sport implique d’y introduire la compétition. En effet, l’Etat subventionne en priorité les sports compétitifs et parmi eux, les disciplines olympiques qui lui permettent de briller sur la scène internationale. D’autres arts martiaux l’ont fait. D’autres arts l’ont aussi introduite (la danse, le patinage artistique). Certaines écoles d’Aïkido l’ont aussi développé. Cette orientation présenterait des avantages tels que la remise en question de sa pratique, la recherche de la perfection du mouvement préparé. Administrativement, l’accès aux Dojo serait plus aisé, des entraîneurs, techniciens régionaux et nationaux pourraient être rémunérés par l’Etat. Toutefois, l’Aïkido tel que nous le connaissons et le pratiquons en pâtirait. De plus, beaucoup de pratiquants sont venus à l’Aïkido parce que, justement, il n’y avait pas de compétition, pour trouver et défendre leur propre place et non l’imposer de manière plus ou moins agressive ! L’Aïkido est avant tout une pratique pour soi avec les autres, où chacune et chacun progresse à son propre rythme sans confrontation ni obligation de résultat. La compétition n'y a donc aucune place.

Formons ensemble une nouvelle génération d'Aïkidoka !

Il reste donc la voie éducative. Et l’Aïkido est en effet un système éducatif (un « Dô »). L’Etat et les collectivités territoriales sont prêts à donner des aides pour le développement de disciplines éducatives, à condition qu’elles soient dédiées aux jeunes. Au regard de la situation actuelle, s’orienter sur cette voie signifierait intensifier et promouvoir l’Aïkido auprès des jeunes avec un effort de formation, de promotion, et de valorisation des enseignants des sections jeunes. Ceux-ci ne sont en effet pas toujours suffisamment mis en avant. Ces cours sont même souvent assurés par des moins gradés ou par des enseignants considérés comme des assistants des sections d’adultes alors qu’il faut être extrêmement compétent techniquement et pédagogiquement pour mener un vrai cours d’Aïkido à un groupe d’enfants. La moyenne d’âge des 550 000 pratiquants de Judo est de 6 ans ½ ! Et beaucoup d’enfants arrêtent le Judo à cause de la compétition. L’Aïkido pourrait être une véritable alternative et recevoir d’énormes moyens en s’orientant dans ce sens. Il y aurait peu de risques d’altérer la nature-même de notre pratique et de permettre aux jeunes débutants de continuer à pratiquer toute leur vie, tout naturellement, sans discontinuer. Nous avons été ces dernières années plutôt incités à nous tourner vers les séniors car c’est ce que nous devenons... Loin de devoir les négliger, ne devrait-on pas plutôt nous orienter vers les plus jeunes ? A 70 ans, préférerons-nous pratiquer entre septuagénaires ou avec de jeunes adultes ? Les contraintes physiques sont-elles plus importantes à 6 ou à 70 ans ?... Les enfants sont moins disciplinés, demandent plus d’attention, d’imagination, de renouvellement, de remise en question et d’efforts, certes, mais ce sont aussi des qualités à développer pour mener des cours d’Aïkido aux adultes, non ?

Formons ensemble une nouvelle génération d'Aïkidoka !

​​​​En conclusion, il me semble que le renouvellement des enseignants et des pratiquants doit être la priorité absolue ! C’est en effet en ce moment que nous formons les enseignants de demain. Il me semble aussi de première importance de se pencher sur les modalités d’obtention des diplômes d'enseignants bénévoles et professionnels car à l’heure actuelle, aucun Aïkidoka ne peut passer un diplôme sans un tuteur DEJEPS ou DESJEPS… et plus personne ne peut matériellement consacrer le temps nécessaire à l’obtention de ces deux nouveaux diplômes ! J’entends dire que « les parts du gâteau sont toutes distribuées », mais j'espère de tout coeur que les dirigeants des fédérations délégataires ne cautionnent ni ne relaient ces affirmations car statutairement, il est écrit noir sur blanc dans la Loi que toutes les fédérations délégataires ont justement pour mission de partager ce gâteau car elles ont l'obligation de former des cadres ! Je dirais même que les auteurs de ces propos n'auraient pas leur place à la direction de ces fédérations ! Cela ne veut pas dire qu'il faille mettre nos professeurs expérimentés à la porte ! Bien au contraire ! Nous, jeunes enseignants, attendons d'eux qu'ils nous forment, qu'ils nous préparent et qu'ils nous donnent les moyens de transmettre quand notre tour viendra ! Alors, réveillons-nous et formons ensemble une nouvelle génération d’Aïkidoka !

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #education, #federation, #art, #budo, #sport, #jeunes, #enfants

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Publié le 7 Novembre 2013

L’engouement des Français pour l’Aïkido est incontestable ! La France est en effet la deuxième nation (après le Japon) comptant le plus grand nombre d’Aïkidoka ! Certains traits historiques, sociologiques et culturels communs peuvent l'expliquer, notamment l'esprit de chevalerie fermement ancré dans ces deux nations. Mais il n’explique pas tout car l’esprit chevaleresque existe aussi dans bien d’autres civilisations qui ne comptent pourtant pas autant de pratiquants qu’en France. La lecture de l’essai d’Edward T. Hall intitulé « La dimension cachée » m’a apporté d'autres éléments de réponse.

Merci à Cécilia Cayla pour cette magnifique photographie !

Merci à Cécilia Cayla pour cette magnifique photographie !

Dans cet ouvrage, l’auteur exprime et analyse de quelle manière la culture des civilisations influence les comportements des citoyens. L’auteur remarque, entre autres, de quelle manière les cartes routières sont représentées et la manière dont sont organisées les villes Françaises. Nous avons adopté une organisation radiographique et concentrique pour nos villes. A Paris, par exemple, l’Arc de Triomphe est l’élément central de la ville, voire même du pays entier. Les routes irradient de ce point vers l’extérieur. Cette organisation peut être mise en parallèle de celle des maisons Japonaises construites autour d’un Tatami central : les meubles et les murs bougent au gré des besoins. Les japonais se regroupent en ce point et le quittent le moins possible : le Tatami sert successivement de table, de bureau, de cuisine, de lit, de terrain d’entraînement, etc. Cette organisation centrale renvoie à la structuration des mouvements de l’Aïkidoka : en spirale. La rondeur des mouvements d’Aïkido et leur construction par enroulement autour d’un axe central sont donc particulièrement appréciées des Français.

Pourquoi les Français apprécient-ils tant l’Aïkido et le Japon ?

La seconde observation intéressante faite dans ce livre repose sur la quantité importante d’informations répertoriées sur nos cartes routières : aux tracés des routes viennent s’ajouter les panoramas, les vestiges de notre histoire, les lieux culturels, les restaurants, les forets, etc. L’auteur insiste sur le fait que les Français utilisent tous leurs sens pour voyager, communiquer, travailler, se divertir... Or, chaque technique d’Aïkido mobilise tous les sens. La pureté et la beauté des gestes sont intensément recherchés par la plupart des Aïkidoka Français. L’Aïkidoka doit faire appel aux sensations tactiles aussi bien qu’à la vue et l’ouïe (les Kiaï, le sifflement des armes lors des frappes, etc.). Il est même invité à développer des sensations internes et à sentir une énergie circuler en lui ! Selon les observations d’Edward Hall, le Français mobilise tous ces sens pour communiquer avec son interlocuteur et c’est exactement ce que l’Aïkido lui propose !

Cependant, à mon sens, l’Aïkido est perçu par la beaucoup de Français comme une voie d’accomplissement et d’épanouissement plus que celle d’un guerrier. C'est peut-être là que résident toutes les différences entre nos pratiques et nos conceptions respectives de l’Aïkido, cet art qui nous fait nous sentir si proches du Japon !

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #art, #budo, #sport, #education

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Publié le 27 Janvier 2013

Idées de missions pour un Collège Technique Régional

Les collèges techniques régionaux fleurissent au sein des différentes ligues de la FFAAA. Ces organes proposent de regrouper les plus gradés des différentes ligues pour accomplir différentes missions. Charge à chaque ligue de définir lesquelles. En tant que membre d’une ligue et participant actif à la création d'un CTR en Franche-Comté, en voici ma vision.

L’une des missions des fédérations délégataires est la formation des cadres et des techniciens fédéraux. Ces deux missions peuvent incomber spécifiquement à un tel collège régional. En effet, la plupart des nouvelles formations mises en place nécessitent des tuteurs gradés et ayant des diplômes reconnus de l’Etat. Or, dans certaines régions comme la mienne, les enseignants de club n’ont pas toujours les diplômes suffisants et se voient bien souvent obligés de demander des dérogations pour être tuteurs de leurs élèves. La création d’un tel groupe collégial de techniciens pourrait permettre de pallier à ces manques et proposer un tuteur à chacun des futurs candidats aux examens si besoin et sur demande des enseignants de club ou du candidat lui-même. De plus, la formation continue des cadres et des enseignants de la ligue pourrait aussi faire partie intégrante des missions d’un collège technique.

Idées de missions pour un Collège Technique Régional

Par ailleurs, les fédérations délégataires ont la charge de définir les critères de réussite aux examens de grades Dan, d'en définir les conditions de présentation et de les co-organiser. L’un des avantages à être licencié dans une fédération délégataire est donc d'être au plus prêt de ces critères de réussite. Ces examens de juin et février sont des rendez-vous saisonniers importants de la ligue. Ils pourraient permettre de faire un état des lieux du niveau technique, d’identifier les lacunes éventuelles et ainsi de déterminer des thèmes de travail précis pour la saison suivante : fournir aux enseignants les outils pédagogiques et les pistes de travail pour remédier à ces lacunes dans leurs propres clubs d'une part, et des explications techniques directement aux pratiquants de la ligue lors des stages organisés par la ligue d'autre part.

De plus, les ligues organisent presque toutes des stages préparant spécifiquement aux examens afin que les futurs candidats sachent ce que les juges fédéraux attendront d’eux. Il pourrait être intéressant de mettre en contact les futurs candidats et les futurs juges fédéraux à quelques reprises durant la saison lors de sessions d’examens blancs. L’objectif étant d’identifier les points à améliorer, savoir concrètement ce que les juges attendent d’un 1er, 2ème, 3ème et 4ème Dan. De tels rendez-vous pourraient aussi motiver les candidats à ne pas s’arrêter au 1er Dan, mais à poursuivre leur chemin et suivre l’exemple de leurs aînés préparant un grade plus élevé que le leur.

La figure suivante schématise le fonctionnement proposé :

Idées de missions pour un Collège Technique Régional

Toutes ces missions permettent de dégager nettement les compétences requises pour faire partie de ces collèges techniques régionaux. Le problème reste évidemment le calendrier des stages de plus en plus chargé, mais les objectifs très ciblés et précis de ces rendez-vous pourraient intéresser un certain nombre de pratiquants et enseignants, et contribuer à la progression de l’Aïkido au sein des ligues. De plus, ces actions peuvent être mises en place progressivement ou alternativement (une saison sur deux par exemple) en fonction de l’intérêt qu’elles susciteraient.

En complément, plusieurs propositions de missions et d'actions ont été faites en ligue Franche-Comté. Vous pouvez les consulter en cliquant ici. Les portes de ce CTR sont ouvertes et toutes les idées, remarques et contributions sont les bienvenues...

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #federation, #sport, #education

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Publié le 13 Janvier 2013

La vidéo suivante montre à quel point les aptitudes physiques développées par les danseurs et les aïkidokas sont similaires ! Elle en révèle aussi toutes les différences : le spectateur sait toujours à quel moment les protagonistes pratiquent l’un ou l’autre de ces arts. Alors que les uns interpellent par la beauté du geste, les autres développent puissance et efficacité. Cette puissance est obtenue en alliant savoir-faire technique, mise en place d’automatismes, coordination des mouvements et travail sur les faiblesses du partenaire.

Sur la forme, l’Aïkido est basé sur des déplacements, clés, immobilisations et projections connues, développées et expérimentées par les Samouraïs et les guerriers d’Orient. L’apprentissage de ces techniques se fait par imitation et répétitions. Au départ, le corps apprenant, les groupes musculaires sont tous mis à contribution et tendus. Les contractions inutiles s’effacent au fur et à mesure pour laisser place à une certaine aisance et un confort visible. Ces techniques permettent de concentrer tous ses efforts sur des points clés, des points de déséquilibre, des points articulaires douloureux, des points sur lesquels, mécaniquement, le partenaire ne sera pas suffisamment fort pour résister. Ces avantages n’apparaissent qu’à certains moments du mouvement. Le timing est donc important et ne peut être juste que si le geste a été automatisé.

D'où vient la Force de l'Aïkidoka ?

Mais l’Aïkido, c’est aussi une recherche du « ki » souvent traduit par « énergie vitale ». Cette notion fait couler beaucoup d’encre et elle est entourée de beaucoup de mystères, faisant passer ceux qui la maîtrisent pour des surhommes. Or, l’une des traductions les plus fidèles de ce terme-concept Japonais est « intention ». A la lumière de cette dernière traduction, il paraît évident qu’effectuer habillement des mouvements avec conviction et détermination en décuple la puissance. Cela s’apparente complètement au « punch » des boxeurs par exemple. Et par chance, joindre l’intention au geste précis et juste est à la portée de tous car cela ne nécessite « que » répétitions, assiduité et concentration auprès d’un professeur compétent.

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Rédigé par Julien Henriet

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Publié le 4 Décembre 2012

La progression technique proposée par les fédérations Françaises d’Aïkido

Les évaluations des grades Dan (terme Japonais pouvant être traduit par « niveau ») menées par les fédérations Françaises d’Aïkido se basent sur des principes perçus au travers de l’exécution de techniques : la connaissance formelle de celles-ci, leurs conduites et le respect de l’intégrité de Uke (en général, celui qui attaque) et de Tori (celui qui mène la technique d’Aïkido). Connaître la nomenclature (le catalogue des techniques) n’est pas suffisant car la technique n'est qu'un support pour apprendre à se mouvoir en toute circonstance, en toute sécurité, en usant le moins d’énergie, et ce même dans la plus extrême des situations : l’agression physique. Cette dernière nous sert d’ailleurs de base… ou de prétexte… Les 4 premiers Dans fédéraux délivrés suite à une prestation devant un jury valident l’apprentissage dans cet ordre : connaissance, utilisation, gestion et maîtrise des outils de l’Aïkido.

Lors d’un passage de premier Dan (aussi appelé « Shodan »), c’est la connaissance des outils que les juges évaluent. Les techniques sont réalisées au travers de directions claires, les placements des mains et du corps sont précis et justes. L’exécution des techniques peut ne pas être rapide, mais les mouvements doivent être exécutés sans arrêt marqué et de manière fluide, posément.

La progression technique proposée par les fédérations Françaises d’Aïkido

Pour un deuxième Dan (« Nidan » en Japonais), l’Aïkidoka doit savoir utiliser les outils. Par conséquent, Tori doit systématiquement mettre Uke en déséquilibre et être en mesure d’exploiter cette situation. Le travail devient dynamique, le déséquilibre de Uke est visible. Tori a clairement un temps d’avance sur Uke. La conduite est menée avec fluidité et de manière continue sans nécessairement varier le rythme.

Pour prétendre au troisième Dan (« Sandan ») fédéral, l’Aïkidoka doit savoir gérer les outils ainsi que son partenaire. La prestation est rythmée, et le rythme (lent, modéré ou rapide) est varié et imposé par Tori. La connaissance de plusieurs variantes permet à Tori de s’adapter à Uke, et de « grignoter » progressivement de l’espace sur Uke durant la technique. Tori commence à s’imposer à Uke. Ce grade marque une étape importante dans la mesure où l’on demande au candidat d’être à l’écoute de son partenaire et de s’adapter instantanément à ses réactions, alors que jusqu’à présent, le pratiquant centrait principalement son attention sur lui-même plus que sur son partenaire.

La progression technique proposée par les fédérations Françaises d’Aïkido

Le quatrième Dan (« Yondan ») est celui de la maîtrise des outils. Tori est capable de s’imposer instantanément et continuellement à n’importe quel Uke, quels que soient son attaque, sa carrure et son investissement. Visuellement, Uke est continuellement débordé, il n’a aucun répit jusqu’à la conclusion et ne peut à aucun moment renverser la situation à son avantage.

Les techniques ne sont donc qu’un support. C’est la manière de les exécuter qui détermine le niveau de pratique. Il est donc clair que nos cours d’Aïkido ne sont pas de simples catalogues de techniques. En tant que professeurs d'Aïkido, nous définissons donc une progression qualitative au travers des techniques, ajoutons à l’apprentissage incontournable et nécessaire de la nomenclature, le développement d’aptitudes telles que la capacité à construire la technique (entrée, déséquilibre et conclusion), se préserver, être stable et centré en toute circonstance, utiliser ses propres hanches, gérer une distance, se placer, se déplacer, mobiliser les hanches de Uke, être capable d’entrer et d’agir aux bons moments, être capable de créer des variations et rester disponible. Tout un programme !...

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #education, #sport

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Publié le 24 Novembre 2012

Aïkido et compétition

Beaucoup d’arts martiaux ont évolué vers le sport. La compétition en fait partie intégrante selon certaines définitions. Faire évoluer l’Aïkido vers le sport impliquerait donc d’y introduire la compétition. Même si les instances fédérales s’y opposent (ce que je comprends), rien ne nous empêche de peser le pour et le contre de cette option. En effet, l’Etat subventionne en priorité les sports organisant des compétions et parmi eux, les disciplines olympiques qui lui permettent de briller sur la scène internationale. La réponse quasi-systématique est que « la compétition dénaturerait la pratique et l’esprit de l’Aïkido ». Pourtant, d’autres arts martiaux l’ont fait. D’autres arts l’ont fait aussi (la Danse, le Patinage Artistique). Certaines écoles d’Aïkido l’ont aussi fait.

Soyons honnêtes : la compétition existe en Aïkido, même dans nos fédérations ! Sous-jacente et non avouée : « moi je suis un élève de … (sous-entendu, et il est bien meilleur que…) », « j’ai formé x ceintures noires », « j’ai été le seul à être félicité pour sa prestation lors du passage de grade »… Nous sommes beaucoup à nous comparer les uns aux autres. Néanmoins, il est naturel de le faire, ça nous permet de savoir où on en est et ça prouve qu’on ne pratique pas tout seul dans sa bulle mais qu’on fait aussi attention aux autres. Les compétitions pourraient prendre modèle sur les passages de grade Dan (et non l’inverse car ce sont deux types d’épreuves qu’il faut bien distinguer). On pourrait aussi imaginer un système de démonstrations techniques effectuées et préparées en club avec un partenaire. La difficulté technique et la qualité de la prestation seraient notées par un jury. On pourrait aussi imaginer qu’une partie de la note puisse s’appuyer sur une prestation effectuée avec un partenaire inconnu.

Aïkido et compétition

Cette orientation présenterait des avantages tels que la remise en question de sa pratique, la recherche de la perfection du mouvement préparé. N’est-ce pas ce que nous sommes déjà censés rechercher ? Administrativement, l’accès aux Dojos serait plus aisé, des entraîneurs, techniciens régionaux et nationaux pourraient être rémunérés par l’Etat. Organiser des compétitions pourrait aider à faire mieux connaître et promouvoir notre art. La pratique en club n’est pas non plus tenue de tomber complètement dans la compétition ; des créneaux pourraient y être réservés tandis que d’autres seraient dédiés à une pratique plus traditionnelle. N’est-ce pas déjà le cas lorsque des élèves préparent leur passage de grade ?

Aïkido et compétition

Toutefois, si, sur un plan purement pratique, l’introduction de la compétition est envisageable et avantageuse, les risques sont nombreux et l’Aïkido tel que nous le connaissons et le pratiquons pourrait en pâtir. En effet, il ne peut être jugé uniquement sur les aspects externes. On le pratique pour soi avec les autres, pour être bien dans son corps, dans sa tête et dans la société. Il y a donc une dimension spirituelle et interne (le bien-être, l’aisance, la sérénité, le confort, l’énergie, l’intention, la détermination, …) que l’œil ne peut pas toujours saisir et qu’il est donc difficile d’évaluer. De plus, l’une des grandes spécificités de l’Aïkido est de développer l’empathie, la conscience de ce que l’autre ressent et désire. En effet, nous tenons tour à tour le rôle de Tori (celui qui mène le mouvement) et Uke (généralement, celui qui attaque et subit le mouvement), nous cherchons à développer notre sens de l’anticipation et tentons constamment de lire les intentions cachées derrière les gestes du partenaire. De plus, la compétition juge un résultat alors que l’Aïkido est un chemin, une manière d’arriver à un résultat (parfait voire utopique). Pour finir, beaucoup de pratiquants sont venus à l’Aïkido parce que, justement, il n’y avait pas de compétition. Non, à bien y réfléchir, la compétition n’a pas sa place dans l’Aïkido que je souhaite apprendre, pratiquer et transmettre, même si matériellement, elle ouvrirait des portes.

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #art, #sport, #education

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Publié le 26 Octobre 2012

L'Aïkido est-il un sport de glisse ?

De nouvelles pratiques sportives émergent chaque année : street-climbing, foot de rue, BMX, snowboard, shadow boxe, Kite-surf, CrossFit… Les adeptes de toutes ces disciplines mettent en avant le besoin de liberté, le retour aux sources ou l’utilisation de l’environnement naturel. Certains observateurs du monde sportif classent ces nouvelles pratiques dans la catégorie des « sports de glisse » faisant ainsi référence à l’esprit dans lequel elles sont pratiquées.

Ces pratiquants se posent souvent en opposant aux sports traditionnels. Ils refusent la quantification et le classement des performances selon toute mesure de temps, de distance ou de quantité. La recherche du bien-être et de l’harmonie avec son environnement sont mises en avant. Bien souvent, dans les premiers temps, ces sports nouveaux connaissent un fort engouement. Il est vrai que pratiquer juste pour faire un chrono finit par lasser…

L'Aïkido est-il un sport de glisse ?

Néanmoins, à mesure que le nouveau sport devient populaire, les dérives apparaissent, l’esprit initial se perd un peu. Deux phénomènes s’immiscent petit-à-petit : l’un est lié aux performances, l’autre à la sécurité.

Le premier est la comparaison de ses propres performances à celles des autres adeptes. Parfois, des classements apparaissent alors qu’ils étaient totalement proscrits. Peut-être certains espèrent-ils briller dans les antichambres de disciplines dans lesquelles ils étaient plutôt bons sans en être des champions ? Néanmoins, se comparer aux autres n’a rien de malsain, c’est même naturel. Cela prouve qu’on ne pratique pas égoïstement dans son coin et que l’on prête attention aux prouesses des autres.

L'Aïkido est-il un sport de glisse ?

Le deuxième phénomène est le besoin de sécuriser la pratique même si au démarrage, le risque en faisait partie intégrante. Mais avec le nombre d’accidents grandissant, les sociétés demandent à ce que les cadres et entraîneurs soient qualifiés. Des normes de sécurité fleurissent sur les équipements et matériels utilisés. Tout cela coûte alors de plus en plus chèr au point que certaines disciplines introduisent la compétition… et parviennent même parfois à devenir des disciplines olympiques, les disciplines du sport traditionnel par excellence !

Toutes ces disciplines ne suivent pas cette évolution, bien évidemment, chaque sport se développe différemment. Et après tout, même si ce chemin est suivi, est-ce un mal ? Le spectacle sportif ne s’en trouve-t-il pas renouvelé ?

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Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #sport

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