Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

Publié le 25 Janvier 2015

C'est la hantise de tous les professeurs d'Aïkido : l'échec de son élève à un examen de grade Dan ! Comment le gérer ? Comment recevoir les remarques du jury ? Comment relancer son élève après cette contre-performance ?

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

La préparation d'un candidat à un examen doit à mon avis, envisager aussi l'éventualité d'un échec. Il est bien évident qu'il ne faut pas insister, mais il est important d'aider son élève à se projeter en cas d'échec bien avant l'examen : que se passera-t-il si le jury refuse de donner le grade ? Rien du tout ! Cela voudra juste dire que ce jour-là, à ce moment-là, cette prestation-là n'aura pas été jugée du niveau requis par ce jury-là ! Rien de plus ! Il faudra alors travailler pour améliorer les points trop faibles. Il peut aussi être intéressant de sensibiliser le (la) candidat(e) sur le fait que la décision de refus pourra être injuste, même si les injustices sont rares. Cet entretien préalable relativisant l'importance de ce rendez-vous peut être un point de départ pour mettre en confiance l'élève, le (la) responsabiliser et l'impliquer encore plus dans sa préparation : à ton avis, de quoi as-tu besoin ? Quels sont les points sur lesquels tu ressens le besoin d'être guidé(e) ? Envisage ce moment comme l'un des seuls durant lesquels tu exprimeras toute la richesse de ton Aïkido. Toi et moi, nous allons tout mettre en œuvre pour que tu obtiennes le grade...

Lors de l'examen, il peut être intéressant de rappeler que c'est un moment durant lequel nous sommes jugés sur les principes et non la forme ! Le (la) candidat(e) s'y exprime, y restitue ce qu'il (elle) a compris et intégré. Chacun(e) a sa méthode pour gérer le stress, mais il faut en tout état de cause relativiser l'importance de ce rendez-vous et se donner à 100% !

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

Les résultats tombent ensuite. En cas de réussite, rien à gérer, juste l'approvisionnement en boissons pétillantes et en spécialités régionales. En cas de refus, comment réagir ? En dédramatisant, en analysant les raisons de cet échec. Intellectualiser les causes permet d'en relativiser l'importance ! C'est en tout cas à ce moment-là que l'élève a le plus besoin de son professeur, à mon avis, ne serait-ce que pour entendre qu'il (elle) ne l'a pas déçu(e). La colère et le déni sont les deux réactions immédiates de beaucoup de candidats, mais il faut se forcer à aller au-delà et les transformer en ressources, inviter l'élève à recevoir les remarques sous un angle constructif et les voir comme autant de pistes de progression. Il y a peut-être eu une injustice, certes, mais ce qui est fait est fait, on ne peut qu'accepter pour pouvoir aller de l'avant. Le temps devient alors un précieux allié permettant à l'élève de prendre du recul sur sa prestation, sur l'importance de ce grade à ses yeux, digérer les retours de l'examen, se remotiver et reprendre confiance.

Quoiqu'il en soit, cette expérience est une ressource dont il faut se servir ! Lorsque l'élève se sentira prêt(e), il sera intéressant d'identifier les apprentissages à acquérir, les points à améliorer, peut-être même proposer une préparation spécifique et différente. Mais cette phase d'interrogation ne doit surtout pas s'éterniser car elle risque d'immiscer le doute. Une fois les causes identifiées, il est donc important de concentrer ses efforts le plus rapidement possible sur les nouveaux objectifs et de mettre l'accent sur les capacités à intégrer. Le (la) professeur(e) ne peut pas décider du moment auquel il faut relancer la machine, il (elle) ne peut que tendre des perches de temps à autres et se tenir prêt(e) à le faire quand l'élève se sentira prêt(e).

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

Pour un(e) professeur(e), présenter un(e) élève à un examen Dan est psychologiquement plus éprouvant que de s'y présenter soi-même car il (elle) n'est qu'un spectateur(trice) impuissant(e). Pourtant, il (elle) se sent jugé(e) au travers de la prestation de son élève. Placer sur ses propres épaules toute la réussite de son élève mène inévitablement à un état de stress avancé. A mon sens, il n'est possible que de guider l'élève vers les ressources nécessaires en lui proposant une préparation adaptée à ses besoins et lui donner confiance tout en lui disant avec le plus d'honnêteté possible quel est son niveau.

Par ailleurs, il est bon de rappeler que les juges ont un rôle prépondérant dans cette gestion de l'échec ! Ils découvrent bien souvent les Aïkidoka le jour de l'examen et ne connaissent rien de leur préparation ni de leurs forces et faiblesses mentales. Leur expérience, leur notoriété et leur grade donnent un énorme poids à leurs remarques. De plus, ce sont leurs retours qui serviront de base à la prochaine préparation. De fait, ils deviennent des partenaires de la progression des Aïkidoka qu'ils auront jugés. Ils sont donc invités à la plus grande modération dans leurs retours, à dédramatiser en ne remettant pas en cause les années de pratique, en expliquant précisément et sans animosité les raisons de leur jugement. Dans une telle situation, dire simplement que la prestation du jour n'était pas suffisante pour obtenir le grade en argumentant objectivement me paraît amplement suffisant.

Gestion de l'échec à un examen de grade Dan

A mon sens, les examens ne sont que des outils aidant notre propre développement personnel, nous aidant à augmenter notre capital confiance, à nous sentir reconnus, à nous réaliser, à jalonner notre progression et à nous remettre en question. Un(e) Aïkidoka ne doit donc, à mon avis, s'y présenter que pour lui(elle)-même s'il (si elle) en éprouve le besoin, et non pour une hypothétique reconnaissance ou un quelconque devoir envers son professeur, son club ou sa fédération.

Rédigé par Julien Henriet

Publié dans #aikido, #education, #federation, #sport

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